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Psychotropes : arts sous influence - 2nde partie

 

PSYCHOTROPES : ARTS SOUS INFLUENCE
2nde PARTIE

par E. Meunier

Le Moi par delà les états de conscience

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Lewis Sanders, Psilocybin Mushrooms / 12 grammes de cocaïne / Bath salt (méphédrone)

Pour Witkiewicz, c’est "en condensant notre sens de l’unité et de l’unicité de la personnalité, [que l’art] nous introduit dans un état d’enivrement spécifique de l’étrangeté de l’Existence" (Polémique avec les critiques). Le processus de création mettrait en relation une sorte de "noyau" individuel - celui-là même que l’on voit chez l’enfant qui se sent puissamment exister lorsqu’il est absorber dans son jeu -, avec la diversité des expériences de la vie.

Brian Lewis Sanders collectionne des autoportraits réalisés sous l’effet d’une multitude de drogues, travail assez révélateur de cette interrogation sur un « moi » qui subsiste par delà la multiplicité des états de conscience modifiés par les psychotropes.

Représentations sur les drogues

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Robert Filliou, Une bouteille de vin rêvant qu'elle est une bouteille de lait (1961) / Hervé di Rosa, Guernarco (2004)

D’autres œuvres présentées lors de l’exposition portent sur les représentations sociales liées aux drogues.

Ces productions sont généralement décevantes : photos de "junkies", "ready-made" réalisés avec du matériel d’injection, affiches publicitaires (notamment pour des parfums comme "opium" ou "addict")...

Bien peu de ces œuvres accèdent à une véritable profondeur.

Retenons tout de même le Guernarco d’Hervé di Rosa, qui fait écho au Guernica de Picasso.

Elle nous rappelle que Berthold Brecht avait comparé hitlériens et mafieux dans sa Résistible Ascension d'Arturo Ui et cette œuvre nous invite à nous interroger sur la menace que les trafics font peser sur la démocratie.

La bouteille de vin rêvant qu'elle est une bouteille de lait de Robert Filliou, est une œuvre subtile : à l’instar du lait qui procure au nourrisson, plaisir, satisfaction de besoins vitaux et satiété dispensatrice de sommeil apaisé, le vin voudrait lui aussi donner le plaisir (l’ivresse), satisfaire le besoin (calmer le manque) et abrutir les troubles qui agitent la psyché.

Quelques stéréotypes : l’orientalisme et le poète inspiré par les drogues

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Erró, Sur la terrasse (1976) / Jean Lecomte du Nouy - Rêve d’un eunuque (1874) / Youssef Nabil, Natacha fume le narguilé (2000)

Avant de conclure ce parcours, arrêtons-nous sur quelques poncifs sur les drogues qui n’ont pu manquer de trouver leur représentation.

L’exposition présente un tableau d’Erró, où un arabe rêve de conquête spatiale, rêve qui naît dans les volutes de la fumée de son narguilé. Tableau qui est un plagiat d’une œuvre de Lecomte du Nouy, intitulée Rêve d’un eunuque où la fumée d’une pipe à opium dessine dans le ciel une femme et un enfant armé d’un couteau.

Ces tableaux convoquent l’imaginaire orientaliste qui tend à faire de l’oriental un être lascif, plus proche du rêve que de l’action, et pour ainsi dire perdu dans une ivresse dé-virilisante.

Quand Youssef Nabil photographie la chanteuse Natacha Atlas fumant le narguilé, la femme plonge dans une lascive extase en serrant entre ses seins l’embout très phallique d’un narguilé.

Autre stéréotype : celui du poète inspiré par les drogues, notamment mis en scène par Cocteau avec la complicité du photographe Lucien Clergue.

En guise de conclusion nous évoquerons Cocaïne de Lilian Bourgeat, qui nous rappelle ce que l’expérience des drogues peut avoir de narcissique et d’aliénante, le sujet se trouvant contraint à tourner en rond dans le labyrinthe de la dépendance : le contraire, sans doute, de la création qui exige de sortir de la répétition.

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Lucien Clergue, Le poète exhale la fumée (1959) / Lilian Bourgeat, Cocaïne (1998)