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Politique des drogues - Actualité 2011 - 1er semestre

POLITIQUE DES DROGUES - ACTUALITÉ 2011 - 1er SEMESTRE

L'actualité vue par la cyberpresse
par Emmanuel Meunier
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Ciudad Juárez : anti-utopie d’une mondialisation passée entre les mains des trafiquants

La montée en puissance de la mise en cause des politiques de prohibition des drogues n’est pas sans lien avec l’horreur et l’effroi suscité par Ciudad Juárez. Milagros Ezquerr (Université Paris-Sorbonne), dans un article publié sur Médiapart décrit cette ville mexicaine, frontalière des USA, qui accueille, depuis 1994 (Traité de Libre-Echange Nord-américain), « un très grand nombre de multinationales manufacturières de sous-traitance, les maquiladoras, qui profitent d'un énorme réservoir de main-d'œuvre peu qualifiée et payée misérablement, constituée majoritairement de femmes jeunes. La présence dans cette ville des cartels de la drogue est fort ancienne, à cause de la proximité du marché consommateur des Etats-Unis. » Ciudad Juárez s’est fait connaître par des centaines de meurtres cruelles de jeunes femmes (et même de petite fille).

La misère sociale nourrie une criminalité extrême : « Il y a une population flottante qui contribue à l'insécurité quotidienne, mais surtout une délinquance multiforme liée à la présence du cartel le plus puissant du pays (cartel de Juárez). Les drogues dures ne sont plus seulement à destination des Etats-Unis, elles alimentent aussi une consommation intérieure de plus en plus forte qui génère de la violence, une énorme quantité d'argent sale qui demande à être blanchi à travers tout un réseau d'établissements de loisirs, de jeux, de prostitution. » La corruption gangrène la ville, « depuis le simple policier jusqu'aux politiques les plus en vue, au plan local et au plan national. » 

 

 

 

 

  Une « ploutocratie » corrompue s’y mue en « groupe de prédateurs » et y côtoie « une grande réserve de proies virtuelles. Du côté des proies, les hommes deviendront des sicaires, des hommes de main, des exécuteurs de basses besognes qui seront appâtés par l'argent, les belles voitures, les armes et la drogue. À la moindre incartade, ils seront abattus sans hésitation: faire régner la terreur est le premier impératif des grands prédateurs. Pour les femmes, les choses se compliquent: elles sont à la fois les proies les plus vulnérables, les plus méprisées et les plus convoitées. » Dans cette « zone de non-droit, où ceux qui détiennent la réalité du pouvoir ne connaissent aucune contrainte, et où ceux qui représentent le pouvoir légal ne se font pas respecter, mais plutôt acheter ou intimider », règne « la guerre des mâles entre eux, chacun devant prouver qu'il est le dominant, car ils n'ont d'autre loi que celle de la force. La dominance suppose la force (par les armes et les hommes de main), la richesse (dans l'ostentation), l'influence (par la corruption), et la puissance sexuelle (par le nombre de femmes que l'on peut se payer et le mépris avec lequel on les traite en les ravalant au rang d'objets sexuels jetables). La mise en scène de la puissance sexuelle est l'orgie, où l'on démontre que l'on peut repousser indéfiniment les limites de la jouissance, c'est-à-dire jusqu'à la mise à mort avec tous les raffinements de la cruauté. »

Source :
22.04.11. Mediapart. Mexique: des os dans le désert (par Milagros Ezquerro, Université Paris-Sorbonne)

La guerre à la drogue au Mexique : une population prise en otage

En 2006, le président mexicain Felipe Calderon, a lancé une offensive contre les cartels de drogues, faisant un usage intensif de l'armée et de la police fédérale. Mais cette guerre contre les cartels, va rapidement se redoubler d’une guerre sanglante de territoire entre les différents cartels. L’ampleur de la corruption permet aux différents cartels d’infiltrer les forces de l’ordre et d’utiliser l’appareil répressif de l’Etat pour poursuivre leur guerre. L’écrivain Juan Villoro raconte comment le pays tout entier s’est mit ressentir cette guerre, d’abord confinée aux grandes villes.  « A moins de 100 kilomètres de la capitale, Cuernavaca était l’image même de la tranquillité. Peu à peu, la violence a cessé de se produire “ailleurs” pour se rapprocher de notre vie. Les narcos sont entrés dans une phase de terrorisme. Répandre la peur s’inscrit dans leur stratégie. » Terroriser la population est un moyen d’installer l’omerta. Les autorités tente d’impliquer la population en promouvant la délation auprès d’une population qui craint la collusion entre les trafiquants et les agents des forces de répression. « Il est indispensable de s’interroger sur le poids social de la délation. Le narcotrafic ne tolère aucune ingérence, il criminalise les victimes, il attribue au dénonciateur la responsabilité de sa propre mort. » Le nombre annuel de morts attribuées aux activités du crime organisé en 2010 a presque sextuplé depuis 2007, passant de 2.700 à 15.273.
L’écrivain Javier Sicilia, après la mort de son fils, assassiné et torturé par des narcos, rédige "lettre ouverte aux politiques et aux criminels". 

Il y renvoie dos-à-dos politiciens et criminels : « Nous en avons par-dessus la tête de vous, les politiques... Nous en avons plus qu’assez parce qu’avec cette corruption qui signe l’échec des autorités, chaque citoyen de notre pays est réduit à ce que le philosophe Giorgio Agamben appelle, utilisant un mot grec, zoe : la vie non protégée, la vie d’un animal, d’un être qu’on peut séquestrer, violenter, assassiner impunément... Nous en avons jusque là de vous, les criminels, de votre violence, de votre déshonneur, de votre cruauté, de votre déraison. Nous en avons jusque-là parce que votre violence est devenue inhumaine, même pas animale — des animaux ne feraient jamais ce que vous faites —, mais imbécile, démoniaque. Nous en avons jusque-là parce que la soif de pouvoir et d’enrichissement vous amène à humilier nos enfants, à les broyer. Vous ne laissez dans votre sillage que la peur et l’épouvante. » Sicilia a lancé une marche partie le 5 mai de Cuernavaca pour arriver le 8 mai à Mexico. Dans 32 villes du Mexique, des manifestations contre la violence de la guerre à la drogue eurent lieux le même jour.

Sources :
07.04.11. Courrier international. Javier Sicilia (écrivain mexicain) : "lettre ouverte aux politiques et aux criminels" ; 20.04.11. Libération. Le Mexique exhume les disparus du narcotrafic ; 08.05.11. La croix. Des milliers de Mexicains marchent contre la violence ; 01.06.11. Courrier international. "Au milieu du volcan", par l'écrivain Juan Villoro

Mondialisation, drogue, blanchiment & finance internationale

A côté de la mondialisation criminelle et miséreuse de Ciudad Juárez, il y a la mondialisation criminelle et fortunée des groupes financiers qui s’associent aux réseaux maffieux. La crise des liquidités de 2007-2008 a facilité des rencontres entre des maffieux et hommes d’affaires « respectables ».
La synthèse du rapport 2009 de l’ONUDC relevait déjà que « le blanchiment d’argent est endémique et ne rencontre quasiment aucune opposition à l’heure où les prêts interbancaires se sont taris. Les recommandations visant à empêcher l’utilisation des établissements financiers pour blanchir l’argent du crime sont le plus souvent ignorées. À l’heure de la faillite des grandes banques, l’argent n’a pas d’odeur, semblent penser les banquiers. »

Le journal The Observer, dans son édition du 3 avril, fait état de la condamnation de la banque Wachovia, filiale de Wells Fargo, la 4e banque des Etats-Unis. Wachovia a blanchit pour le compte du cartel de Sinaloa (le cartel mexicain rival du cartel de Ciudad Juárez), 378,4 milliards de dollars, soit l'équivalent du tiers du PIB mexicain. La banque s’en est tirée en payant 160 millions de dollars d'amende.

L’office de police criminelle européen Europol, dans son rapport bi-annuel, constate que les organisations maffieuse s’achètent une sorte de respectabilité sur le dos de la crise en rachetant des entreprises affaiblies par la crise ; « dans certains cas, l’acquisition d’entreprises en difficulté permet de se doter d’un réseau neuf de sociétés écrans. » En outre, l’office constate le recrutement de spécialistes des marchés financiers. L'Organe international de contrôle des stupéfiants, dans son rapport 2010, constate que « la corruption sape les efforts internationaux en faveur d'une élimination des problèmes liés à la drogue. En recourant systématiquement à la violence et à la corruption, en usant d’intimidations et de chantage à l’égard des agents publics, les puissants et riches groupes criminels organisés sont parvenus à affaiblir les services de détection et de répression et les appareils judiciaires. »

Sources :
02.03.11. RFI. La corruption, principal obstacle à la lutte contre le trafic de drogue, selon l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS) ; 21.04.11. Rue89. Pendant la crise, une banque US sauvée par l'argent de la drogue ; 22.04.11. RTL.be. Des banques sauvées de la crise par l'argent de la drogue ? ; 06.05.11. France24. La crise fait les affaires du crime organisé

USA : crise de la dette et audit de la guerre à la drogue

Il apparaît impossible d’évaluer combien de banques et fonds spéculatifs se sont renfloué en acceptant l’argent du crime. Reste qu’en 2007-2008 les secteurs financiers ont été principalement renfloué par de l’argent public et que des plans de soutien à l’économie ont du être mis en œuvre. Il en résulte un endettement sans précédent des Etats et une crise dites des « dettes souveraines » qui conduisent à des politiques de réduction des dépenses et à des politiques d’audit.

Le bulletin de l’Amérique rend compte de deux rapports parlementaires américain parue le 8 juin qui constate que, depuis le début de la « war on drugs » lancée en 1971 par Richard Nixon, les USA auront dépensé trois trilliards de $ (soit trois mille trillions de $, ou trois mille milliard de milliards $, soit 3.000.000.000.000.000.000.000 $).

« Nous gaspillons l’argent des contribuables et injectons de l’argent pour régler un problème, sans même savoir ce que nous obtenons en retour », a déclaré la sénatrice Claire McCaskill (Dém.), l’une des rédactrices de l’un des rapports. En outre, les parlementaires constatent que le credo libéral qui impose de sous-traiter au privé, a permis à cinq multinationales DynCorp, Lockheed Martin, Raytheon, ITT et ARINC d’absorber des sommes considérables avec à la clé une « augmentation des dépenses de 32% au cours des cinq dernières années, passant de 482 millions de dollars en 2005 à 635 millions de dollars en 2009. » 

Les résultats ne sont pas au rendez-vous. L’activité policière n’enraye pas le trafic : « La plupart des personnes impliquées dans le trafic de drogue ne sont que de petits dealers et n’ont rien à voir avec la caricature du gangster des films à grand frisson. La plupart des prisonniers pour trafic ne sont finalement que du menu fretin, aisément remplaçable par le premier venu. » Pour ce qui est du soutien au programme d’éradication des productions de drogues en Amérique latine, « la production s’est déplacée, de nouvelles filières d’importation ont vu le jour et la politique de répression a surtout eu pour effet d’accroître la violence des cartels et leur contrôle sur le trafic. » C’est aussi ce que constate l’ONUDC dans son rapport 2010. Dans le même temps où les saisies en Colombie représentent 40% des feuilles de coca produites, le Pérou serait devenu le premier producteur de feuilles de coca, et aurait supplanté la Colombie comme premier fournisseur mondial de cocaïne. Dans le même temps où, grâce à un champignon, la production d’opium afghan s’effondre, la Birmanie redevient un producteur majeur d'héroïne, sa production ayant augmenté de 20% en 2010.

Sources :
13.06.11. Bulletin d'Amérique. L’Amérique dans l’impasse de la guerre contre la drogue : 23.06.11. Romandie news. Rapport ONUDC. Chute de la production d'opium afghan, la Birmanie prend le relais ; 24.06.11. RFI. Feuilles de coca, cocaïne : les "mauvais chiffres" du Pérou, selon l'ONUDC

Un G8 contre la drogue pour contrer l’émergence de l’Afrique sur la scène du trafic

Le rapport annuel de l’ONUDC constate la montée en puissance du trafic en Afrique : « C'est une nouvelle tendance et ce que nous observons en Afrique de l'Ouest est semblable à ce que nous observions au Mexique » La situation est suffisamment inquiétante pour que, pour que le narcotrafic entre, pour la première fois à l'agenda d'une réunion du club des nations les plus industrialisées. Les ministres de la Justice ou de l'Intérieur du G8 et de plusieurs pays d'Amérique latine et d'Afrique soit producteurs, soit consommateurs ou terres de transit de la cocaïne (Algérie, Afrique du Sud, Bolivie, Brésil, Colombie, Espagne, Ghana, Maroc, Mexique, Nigeria, Pays-Bas, Pérou, République dominicaine et Sénégal) et des organisations internationales (Interpol, ONUDC, Banque mondiale...) se sont retrouvés, le 10 mai à Paris, pour adopter les grandes lignes d'un plan d'action contre le narcotrafic. Organisée à l'initiative de la présidence française du G8, cette rencontre vise à améliorer la coordination de la lutte contre la cocaïne latino-américaine qui transite par le continent africain, en particulier la mutualisation du renseignement, le développement des capacités des Etats de transit, les interventions maritimes et la lutte contre les avoirs criminels. Ce dernier point est décisif : les pays d’Afrique manquent cruellement de moyens pour contrôler les trafics, surtout dans un contexte ou AQMI (entre al-Qaida au Maghreb islamique) est soupçonné d’avoir des liens avec les trafiquants, au moins sous la forme de « taxes » prélevé sur le transit des drogues à travers la bande sahélo saharienne. Mais en l’absence d’argent, ce plan sera financé par un fonds, géré par l'ONUDC, qui sera alimenté... par la saisie des avoirs criminels.

Christophe Champin, journaliste à RFI, auteur d' "Afrique noire, poudre blanche", dans un interview à Slate afrique, estime que les Etats africains ont besoin de moyens considérables, car le contrôle des voies terrestres insuffisants : « la coke est aussi transportée par des passeurs sur des vols commerciaux à partir d'aéroports africains.

La cocaïne emprunte aussi la voie maritime, notamment à l’intérieur de conteneurs à partir de ports africains. Selon l'ONUDC, 178.000 conteneurs sont arrivés aux Pays-Bas en provenance d'Afrique en 2009 et 2010. Impossible de les contrôler tous... » De plus certains réseaux sont très bien structuré : « Dès les années 80... des Nigérians sont devenus des acteurs majeurs de ce trafic, au point d'être implantés aussi bien en Amérique latine, en Amérique du Nord, en Asie et en Europe. Depuis le début des années 2000, ces trafiquants font affaire avec les organisations criminelles colombiennes pour le trafic de cocaïne via l'Afrique. Mais l'héroïne continue à y transiter, en entrant notamment par l’Ethiopie et le Kenya. » L’Afrique a aussi un marché intérieur : « il y aussi le mandrax, une drogue synthétique fabriquée en Asie, qui inonde l'Afrique australe depuis trois décennies, où elle fait des ravages. » Si on ne peut parler de « Narco-Etats » pour l’Afrique, cela « ne veut pas dire que les organisations criminelles n’ont pas réussi à s’infiltrer dans les institutions politiques de certains pays » ou que les trafiquants n’acquiert pas une puissance économique : « le Groupe intergouvernemental d'action contre le blanchiment d'argent en Afrique de l'Ouest (Giaba) a publié, récemment, un rapport qui dresse un constat inquiétant à propos de l’infiltration de l’argent sale dans les économies de nombreux pays de la région, notamment dans l’immobilier, le tourisme et l’import-export. »

Sources :
09.05.11. Le Figaro. Un plan pour couper les routes de la cocaïne ; 10.05.11. RFI. Le G8 drogue adopte un plan d'action contre le narcotrafic ; 04.06.11. Slate Afrique. « Tout le continent est touché par le trafic de drogue » ; 21.06.11. 20minutes. Rapport ONUDC. Drogue: L'Afrique de l'Ouest dans les pas du Mexique

Des appels de personnalités internationales pour en finir avec la guerre à la drogue

Depuis quelques années, des personnalités, en Amérique Latine comme Fernando Henrique Cardoso (président du Brésil de 1995 à 2002), César Gaviria (président de Colombie de 1990 à 1994), Ernesto Zedillo (président du Mexique 1994 à 2000) et plus récemment Vicente Fox (son successeur à la tête du Mexique de 2000 à 2006), ou le prix Nobel de littérature Mario Vargas Llosa ont déjà contribué à faire évolué les consciences. Mario Vargas Llosa, lors d'une conférence de presse, le 3 mars à Paris, qu’il fallait se pencher sur des alternatives à la prohibition. La situation mexicaine est « un indice, une annonce de ce que vont vivre les peuples latino-américains à court ou à long terme, eux qui subissent déjà les conséquences du narcotrafic dans bien des domaines. » L'auteur insiste sur le fait que sans réponse adaptée le trafic de drogue « viendra à bout de la démocratie »
Fernando Henrique Cardoso, dans un interview à La Vie éco reprend souligne aussi cette menace sur la démocratie et  estime que « plutôt que de se raccrocher à une politique prohibitionniste qui a échoué et qui ne diminue pas les bénéfices liés au trafic et en conséquence n'affecte pas son étendue, nous devons chercher à diminuer la consommation et à minimiser les dégâts causés par les drogues au niveau individuel et collectif. » Et de conclure : « la pire des prohibitions est celle de la pensée. Maintenant au moins le tabou qui interdisait le débat est brisé. D'autres approches existent, il faut examiner soigneusement leurs résultats. »
 Le 2 juin, la Commission mondiale sur la politique des drogues (Global Commission on drug Policy) publie un rapport signé par de nombreuses personnalités. Les latinos américains sont rejoints par de nombreuses personnalités.

Parmi lesquelles : Ruth Dreifuss, ancienne présidente de la Confédération Helvétique, le Premier ministre grec George Papandréou, l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, l’ancien secrétaire d’Etat américain George Shultz, l’ancien Haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères, l’Espagnol Javier Solana, l’ancien ministre des Affaires étrangères norvégien et responsable du HCR Thorvald Stoltenberg, l’ancienne procureure du TPI et haut-commissaire aux réfugiés de l’ONU, la Canadienne Louise Arbour, l’économiste Paul Volcker, le milliardaire britannique Richard Branson, le directeur général du Fonds global de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, Michel Kazatchkine...
Dressant le constat que « l’incarcération de dizaines de millions de personnes dans les dernières décennies a détruit des vies et des familles sans réduire l’accessibilité des drogues illégales ni la puissance des organisations criminelles », ils demandent que les gouvernements acceptent de «mettre fin à la criminalisation, la marginalisation et la stigmatisation des gens qui consomment des drogues sans pour autant nuire aux autres ». En effet, explique la Commission, « les efforts dans l’application de la loi ne doivent pas porter sur la réduction du marché de la drogue en lui-même, mais sur la réduction des problèmes qu’il cause aux individus, aux communautés et à la sécurité nationale. »

Sources :
24.01.11. VIH.org. La montée en puissance des antiprohibitionnistes ; 04.03.11. L'Express. Mario Vargas Llosa pour la légalisation des drogues en Amérique Latine ; 20.04.11. La Vie éco. Fernando Henrique Cardoso : Pourquoi il faut décriminaliser la consommation de drogue ; 03.06.11. Le Quotidien du médecin. Appel international pour la dépénalisation des drogues ; 05.06.11. Inrock. Drogues: 50 ans de guerre pour rien

Des fissures dans les politiques prohibitionnistes

Un peu partout les législations évoluent, y compris en Amérique. Aux États-Unis, début novembre 2010, l'Arizona a été le 15e État américain à légaliser le cannabis à des fins médicales. Le District de Columbia, où se trouve Washington, a également voté une loi en ce sens qui devrait entrer en application début 2011. Treize États (pas toujours les mêmes) ont quant à eux décriminalisé la possession de cannabis, possession qui reste néanmoins illégale au niveau fédéral... En Amérique latine, les législations évoluent : en août 2009, le Mexique a décriminalisé la possession pour « usage personnel » jusqu'à 5 grammes de marijuana, un demi-gramme de cocaïne, 50 mg d'héroïne, 40 mg de méthamphétamine et 0,015 mg de LSD. La Colombie a fait de même, et la Cour de justice argentine a déclaré que les poursuites pour usage personnel étaient inconstitutionnelles.
Les expériences de décriminalisation des drogues impliquent des ajustements. Les nuisances liées au « narcotourisme », en particulier celui des français qui se rendent au Pays-Bas pour y consommer du cannabis, à induit une transformation des « coffe shops ». Ceux-ci deviendront des « clubs privés » accessibles aux seuls citoyens ou résidents néerlandais. Pour y accéder, ces derniers devront être majeurs et prendre une carte de membre valable un an. La Cour européenne de justice a rendu un avis favorable sur ce point au mois de décembre, estimant que cette mesure « discriminatoire » envers les touristes était « justifiée par l’objectif visant à lutter contre le tourisme de la drogue et les nuisances qu’il draine », rappelant au passage que le cannabis n’est pas légal aux Pays-Bas mais simplement toléré et qu’il est interdit dans le reste de l’Union (l’ensemble du système néerlandais tient en effet à une simple circulaire qui prévoit que l’arrestation des fumeurs de cannabis n’est pas la priorité de la police).
En automne 2008, près des deux tiers du peuple suisse avaient rejeté l’initiative pour la dépénalisation du cannabis. Une nouvelle loi entrera en vigueur au 1er juillet. 

Elle prévoit de réprimer plus durement la vente de drogues aux mineurs et de pérenniser le cadre légal qui autorise la distribution de cannabis ou d’héroïne à des fins médicales. S’agissant de l’héroïne sous contrôle médical, « seuls pourront en bénéficier les toxicodépendants chez qui les autres types de traitements ont échoué ou dont l’état de santé ne permet pas d’en envisager d’autre. » La Suisse débat sur un projet qui ferait de la consommation de cannabis une simple contravention punie d'une amende d'ordre de 100 francs. « Une commission du National a mis sur pied un projet en ce sens, qui a récolte un large soutien politique au terme de la consultation. Selon la commission de la sécurité sociale et de la santé publique, le fait de punir immédiatement les consommateurs de cannabis doit simplifier le travail de la police et éviter de lancer une procédure pénale pour chaque fumeur de joint. Les amendes ne sont toutefois prévues que pour les quantités « minimes », soit moins de 10 grammes. » Plus audacieux, pour contrer le trafic, les villes de Zurich et Bâle s’interroge sur la question d’une filière légale de distribution de cannabis : « dans les deux villes, le but recherché vise à casser le marché noir et mieux cibler la prévention. «Ce projet pilote est une chance de toucher directement les consommateurs et de les sensibiliser aux risques liés à cette drogue ».

Sources :
24.01.11. VIH.org. La montée en puissance des antiprohibitionnistes ; 30.05.11. Inrock. Dans le port d’Amsterdam, y’aura plus de marins qui fument ; 30.05.11. Drogues blog. Suisse : Nouveau régime légal sur la drogue en vigueur dès juillet ; 31.05.11. Tribune de Génève. Fumer un joint pourrait coûter 100 francs (Suisse) ; 06.06.11. 20 Minutes. Suisse : Bâle pourrait devenir "dealer" de cannabis

S. Gatignon, un maire en lutte contre le trafic et pour la légalisation du cannabis

En France, le débat sur le statut des drogues a été largement porté par Stéphane Gatignon, Maire écologiste de Sevran en Seine-Saint-Denis, qui publie « Pour en finir avec les dealers ». Sevran possède les caractéristiques des villes où le trafic est fortement implanté, ville qui selon le sociologue Michel Kokoreff, professeur de sociologie à l’université de Nancy-II, combine trois caractéristiques : la désindustrialisation (Sevran connaît des taux de chômage de 40% parmi les jeunes de certains quartiers), une antériorité dans l’engagement dans les trafics (ils y sont installés depuis plus de trente ans) et une puissance symbolique (« dealer », c’est être quelqu’un »).
S. Gatignon dénonce la montée de la violence et réclame une existence « normale » pour les habitants de sa ville : « Dans nos territoires, qui a vraiment le pouvoir dans telle ou telle rue, entre telle et telle barre HLM ou copropriété dégradée ? Sait-on qu'un bail d'emplacement de vente de drogue peut se revendre 25 000 euros ? Le trafic va bien ! Pas la démocratie. Nous "comptons" les victimes des règlements de comptes. Les groupes de vendeurs de produits stupéfiants se multiplient. Les armes en circulation sont des gros calibres, des fusils à pompe genre Uzi achetés via les filières de l'Est ou autres Magnum barbotés au grand banditisme avec gilets pare-balles et tout l'attirail nécessaire à la guerre des microgangs. C'est aussi à coups de pied et de poings qu'on tue. C'est à coups de parpaing qu'on casse les têtes. Le lynchage et la lapidation lourde font partie des usages de la vengeance localière. »
Des reportages sur le terrain confirme ce climat, comme en témoigne une habitante de Saint-Ouen : « Les types sont là de midi à minuit. Hier, il y avait au moins vingt clients dans le hall, on ne pouvait pas rentrer chez nous. On vit en permanence dans ce climat de peur. Et il faut voir la saleté. Ils laissent traîner leurs boîtes de McDo... Les gens extérieurs sont fouillés à l’entrée, mes enfants ne veulent plus venir. Avant, c’étaient des types d’ici, ils nous respectaient un peu. Maintenant, ils viennent d’autres villes et sont bien plus agressifs. »
Pour S. Gatignon, la répression est devenue inefficace. Comme l’observe aussi M. Kokoreff : « les faits divers dramatiques rapportés au quotidien montrent les effets pervers d'une stratégie policière qui déstabilise et déplace les réseaux sans les éradiquer. Pour une double raison : d'un côté, la situation sociale est le moteur du business, et ses "têtes" disposent d'une "armée de réserve" illimitée pour satisfaire une demande forte ; de l'autre, le business est une alternative au mépris et au déshonneur, elle confère une reconnaissance et une dignité - quoi qu'on en pense. »

S. Gatignon ira même jusqu’à demander la présence de l’armée, de « casque bleu » pour protéger la population des règlements de compte.
Avec la crise et la montée du chômage, l’économie de parallèle devient de plus en plus tentante : « les prétendants sont plus nombreux et la concurrence, plus vive. Ce qui engendre ce climat de violence », observe M. Kokoreff. Pourtant les « petites mains » du trafic ont des gains modestes. Pour S. Gatignon, « aujourd'hui, il a 100.000 petits dealers en France qui touchent entre 800 et 1400 euros par mois, qui n'ont pas de sécurité sociale, pas de vacances. Et tous les risques puisque maintenant, ils prennent les coups de feu. C'est un problème économique et sociale, il faut réussir à leur offrir du travail. Sur le milliard d'euros dépensé dans la lutte policière contre les trafics, il y a certainement de l'argent pour qu'ils retrouvent un emploi, une vie sociale. » Il ajoute : « Parmi tous les petits dealers, seule une infime minorité rêve de devenir de futurs parrains, l'immense majorité voudrait juste bénéficier d'un salaire pour avoir un appartement et s'offrir un resto de temps en temps. »
Pour S. Gatignon, il faut combiner des plans sociaux en faveurs des jeunes quartiers populaires et couper l’herbe sous le pied des dealers en légalisant le cannabis, c’est-à-dire organiser un circuit légal de production et de distribution. Pour S. Gatignon : « 1/ Sur la production, il faut bosser avec les agriculteurs. Certains, et ils sont déjà nombreux, en cultivent déjà pour arrondir leurs fins de mois. N'oublions pas que 30% d'entre eux sont au RSA aujourd'hui. 2/ Il faut une structure d'Etat comme la SEITA pour le tabac, qui lèvera des taxes sur l'achat de cannabis, tout comme il le fait pour le tabac. 3/ Si on va au tabac pour acheter, on peut imaginer que le buraliste vende des cigarettes au cannabis, tout simplement. »

Sources :
06.04.11. L'Express. Chat avec Gatignon. Légalisation du cannabis: « La vente doit être contrôlée par l'Etat. » ; 20.04.11. L'Humanité. Michel Kokoreff « La désindustrialisation a contribué à l’implantation de cette économie » ; 29.04.11. Le Monde « Le trafic se porte bien, comment va la démocratie ? », par Stéphane Gatignon ; 03.06.11. Libération. Le maire de Sevran veut l'armée pour lutter contre les trafiquants ; 08.06.11. Libération. Chat avec Gatignon: « dépénalisons le cannabis et décriminalisons les autres drogues » ; 15.06.11. Le Monde. « La prohibition des drogues douces, facteur d'insécurité », par M. Kokoreff, sociologue ; 15.06.11. Libération. Trafic : le ras-le-bol des quartiers

Le parti socialiste et la « légalisation contrôlée »

Le parti socialiste, via le think tank, terra nova construit un réquisitoire contre la politique répressive du gouvernement, qui souligne que la « politique du chiffre » conduit, au détriment d’une lutte efficace contre les trafic, à l’accroissement des interpellations d’usagers, en premier lieu de cannabis : « plus de 800 000 usagers de cannabis ont été interpellés et poursuivis pénalement, durant la période du 1er janvier 2002 au 31 décembre 2009. Les interpellations pour stupéfiants concernent dans 90 % des cas des usagers de cannabis. L’augmentation des interpellations pour usage a été d'environ 200% en quinze ans, et de 75% ces huit dernières années. » Cette politique est coûteuse : « le coût, a minima, des seules interpellations des 800 000 usagers de cannabis verbalisés pour la période 2002-2009 » se situe « entre 2,7 et 6,2 milliards d'euros. » La politique du chiffre dissuade le policier de travailler sur les trafic : « Les petites et les grandes criminalités organisées sont complexes, pour ne pas dire délicates, à appréhender (blanchiments, corruptions, protagonistes transnationaux…). Chaque filière exige de longues investigations, peu compatibles avec la politique du chiffre. »
Cette répression ne donne pas de résultat. Si la répression était efficace les produits serait plus rare et leur prix plus élevé : « Le paradoxe, c’est que l’augmentation de  la répression des usagers et l’augmentation des saisies n’ont pas les effets attendus sur les prix. La baisse des prix ne signifie pas une baisse des profits, elle peut résulter d’une industrialisation perfectionnée à l'échelle mondiale, qui peut impliquer une baisse permanente des coûts. » Le nombre de consommateur devrait lui aussi baissé, mais ce n’est pas le cas : « Avec un système des plus répressifs d’Europe, aggravé depuis 2002, la France est un pays où officiellement le nombre de consommateurs de cannabis constaté n'a cessé d'augmenter ces dernières années : 12,4 millions l'ont expérimenté, 3,9 millions d’usagers actuels, 1,2 million en consomment régulièrement, et 550 000 au quotidien. »

Daniel Vaillant, député-maire PS du XVIIIe arrondissement de Paris, ancien ministre de l'Intérieur du gouvernement Jospin, se rapproche des positions de S. Gatignon et propose la « légalisation contrôlée du cannabis » et présente un rapport parlementaire. Ce rapport appel à un changement de paradigme : « Il ne s’agit plus de prôner une abstinence illusoire mais de modérer la consommation des Français.... La légalisation contrôlée permet un véritable encadrement de la consommation de cannabis et de sanctionner tout abus. »

Le rapport propose une « reconnaissance rapide de l’usage thérapeutique du cannabis », la mise en place d’une « politique de prévention des risques dès le plus jeune âge et tout au long de la vie » et la « légalisation de la consommation pour les majeurs avec un encadrement et un contrôle strict de la production, de l'importation et de la distribution. » La production serait contrôlée grâce à « une filière nationale du cannabis inspirée de celle du tabac. » La distribution serait « sécurisée sur les modèles de l’alcool et du tabac, en interdisant la publicité et la vente aux mineurs. » 
Deux types d’établissements distribuerait le cannabis : des point de vente, analogues aux débits de tabac et des lieux de sociabilité. « Il permettrait l’achat et la consommation sur place grâce à un système d’extraction d’air. La vente d’alcool y serait strictement interdite. » Les conduites à risque (conduites sous l’emprise du cannabis...) seraient contraventionnalisées et la répression sur la lutte contre les trafics et l'économie parallèle.

Sources :
04.04.11. Terra nova. Cannabis : les effets ballons de la politique française ; 15.06.11. Groupe SRC. Légalisation contrôlée du cannabis, Rapport du Groupe de travail parlementaire de députés SRC

Réactions gouvernementales à la proposition de Vaillant

Le premier ministre François Fillon récuse tout débat : « Ni sur le plan sanitaire, ni sur le plan politique, ni sur le plan moral je ne peux envisager une seconde de voir l'Etat annoncer officiellement à sa jeunesse que le cannabis est désormais en vente libre ». Claude Guéant, ministre de l'intérieur, dans une tribune publiée par le Monde, dénonce la « posture défaitiste » des anti-prohibitionnistes et un débat « biaisé ». Tout d’abord parce que la politique gouvernementale est caricaturale : « sur les 1,5 milliard d'euros que la collectivité consacre chaque année à la lutte contre les drogues et les toxicomanies, 40 % sont dévolus à la lutte contre les trafics. La recherche, le dispositif de soins, la prévention représentent donc chaque année plus de 800 millions d'euros. Nous sommes loin d'une "guerre" strictement policière. » Ensuite parce qu’il perçoit des effets positif : « les expérimentations du cannabis chez les jeunes de 17 ans diminuent en France depuis 2003, et le niveau de sa consommation a désormais été ramené à celui du début des années 2000. »
Sur le coût de cette politique et les succès contre le trafic, il oppose la création du « fonds de concours "drogue", alimenté par les biens saisis et confisqués aux trafiquants, [qui est] passé de 1,2 million à 21 millions d'euros entre 2007 et 2010. » A propos des violences induites par le trafic et subie par les habitants, il fait observer : « ne nous y trompons pas : la violence et les troubles qui agitent certains quartiers, à Marseille ou à Sevran (Seine-Saint-Denis), sont aussi la conséquence de l'action déterminée des forces de sécurité, qui oblige sans cesse à une recomposition des réseaux. "

Enfin, la pertinence de légalisation lui parait douteuse : « la dépénalisation ne permettrait pas de combattre le crime ni d'assécher les ressources des trafiquants. Ou alors il faut nous expliquer pourquoi le trafic de cigarettes, marchandise universellement légale, constitue une ressource majeure et en forte croissance de la criminalité organisée internationale. » En outre, la dépénalisation favoriserait la diffusion de nouveaux produits, « cannabis génétiquement modifié et fortement dosé, report vers la cocaïne, l'héroïne ou les drogues de synthèse... » Président de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt), Etienne Apaire estime que « les criminels ne sont pas fixés sur un produit mais sur l'argent. Si on légalise le cannabis, ils se reporteront vers des drogues dures. » Ce point de vue est relayé par quelques chercheurs, notamment Christian Ben Lakhdar, maître de conférences en économie à l'Université catholique de Lille et auteur d'un rapport de l'OFDT sur les revenus du cannabis en France : « le marché du cannabis est arrivé à saturation et le business du shit tend déjà à se confondre avec celui de la cocaïne. La cocaïne est plus profitable et plus facile à transporter ».

Sources :
18.04.11. Rue 89. Légaliser le shit ? Les dealers s'inquiètent pour leur « marché » ; 17.06.11. Le Point. Fillon ne peut « envisager une seconde » une dépénalisation du cannabis ; 15.06.11. Le Monde. "Dépénalisation du cannabis, un débat biaisé", par Claude Guéant, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration

Les réactions politiques à gauche et à droite

Selon une étude de l'Ifop pour « Sud Ouest Dimanche », 63 % des Français seraient opposés à la dépénalisation du cannabis, contre 67 % en 1996. 36 % des sondés approuvent la dépénalisation, contre 26 % en 1996. Le clivage s'est particulièrement accentué en fonction de l'âge. Les moins de 35 ans sont majoritairement acquis (51 %) à l'idée de la dépénalisation, les hommes (43 %) y sont plus favorables que les femmes (30 %), de même que les sympathisants de gauche (48 %) plutôt que ceux de la droite (20 % à l'UMP).
Les personnalités de la droite sont opposées à toute dépénalisation ou légalisation du cannabis. J-L Borloo, possible candidat à la présidentielle, déclare : « J'adorerais être pour la dépénalisation du cannabis, mais je suis contre. » La députée Françoise Branget (UMP) et le sénateur Gilbert Barbier (RDSE), travaillent à un contre rapport dont des extraits ont été communiqué à l’AFP et qui affirme qu' « aucune argumentation solide ne justifierait une dépénalisation de l’usage des drogues illicites, que les obligations internationales contractées par la France interdisent, au demeurant, de prévoir. Dépénaliser inciterait ces jeunes à poursuivre », tranchent-ils, tout en recommandant de « moduler la sanction de l’usage » avec plus de discernement. Les nuances viennent de JP Raffarin (« Je comprends qu'il y ait débat. Parce que c'est vrai que c'est parce que c'est interdit qu'il y a un marché. Je vois bien qu'il y a une difficulté ») et de D de Villepin (« Je ne suis pas sûr que nous soyons mûrs pour une légalisation, même pour une légalisation sous contrôle. Par contre il est temps de décriminaliser l’usage, la consommation de cannabis et de passer à un stade contraventionnel. La contravention c’est un message suffisant mais nécessaire, parce que la consommation de cannabis reste dangereuse. »)
Le Front national, sans aucun doute hostile à la dépénalisation, ne se mêle pas dans l’immédiat d’un débat qui clive la gauche et la droite, car il brouillerait sa communication fondée sur la dénonciation de l’ « umps », la collusion du PS et de l’UMP.
D’autant que le clivage gauche – droite est bien loin d’être net. Si les écologistes sont de longue date partisans de la légalisation, les socialistes y restent majoritairement hostiles. Les candidats à la primaire socialiste s’y opposent ou restent plus que réservés.

Ségolène Royal a ainsi affiché clairement sa position en expliquant qu'elle n'était « pas favorable à la libéralisation du cannabis tant qu'on n'a pas prouvé qu'on a mis tous les moyens pour démanteler les réseaux. » Pour Manuel Valls, « l'idée de légaliser le trafic de cannabis, de l'officialiser, d'en organiser la diffusion, va à l'encontre de mes valeurs » François Hollande, on a une position plus mitigée. Il favorable à la réunion d’ « une commission à l'échelle de l'Europe » pour comparer les politiques nationales sur la question, qui permettrait de faire « une proposition pour l'Europe entière ». Arnaud Montebourg avait déjà dit sur chat organisé par le site Rue89, le 30 mars, son opposition et  Martine Aubry a préféré rester dans le flou, en se disant favorable à « un grand débat », estimant qu'il s'agit « d'un sujet trop sérieux pour qu'on prenne des positions tranchées. »
A la gauche de la gauche, le PCF et le Parti de gauche n’ont pas pris de position arrêtée sur la question. Le NPA affirme qu’il y a « nécessité et urgence à s’opposer à la droite qui prétend rétablir l’ordre moral. La loi de 1970 permet au gouvernement de maintenir une sorte d’état d’exception dans les banlieues. La lutte antidrogue sert de prétexte à de nombreuses dérives sécuritaires : au niveau légal, le trafic de drogue est soumis aux mêmes mesures que le terrorisme. Refusons cela. Avant, pendant et après 2012, une seule solution : légalisation ! » Lutte ouvrière estime que la légalisation n’est pas une réponse satisafisante : « La recherche de paradis artificiels est une fuite devant une réalité souvent triste et décevante, qui tient de l'autodestruction. On ne peut donc que la combattre. Reste à savoir comment faire reculer les toxicomanies dans une société qui tend à les entretenir, à les développer et même à en engendrer de nouvelles. »

Sources :
16.06.11. Inrock. Cannabis: Villepin pour une contravention… comme Sarkozy en 2003 ; 16.06.11. L'Express. La droite vent debout contre la dépénalisation du cannabis ; 16.06.11. Le Monde. La dépénalisation du cannabis divise la gauche ; 19.06.11. Sud Ouest. (Sondage IFOP) : Cannabis : la France dit non ; 26.06.11. Les Echos. Borloo contre la dépénalisation du cannabis mais pour le mariage homosexuel ; 24.06.11. Lutte ouvrière. Légaliser le cannabis ? La toxicomanie... Et la société qui l'engendre ; 27.06.11. AFP. Un pré-rapport parlementaire contre la dépénalisation et les salles de consommation

Des tests de dépistage sur le lieu de travail

A la demande de la MILDT, le Comité consultatif national d'éthique a rendu, le 19 mai, un avis qui va étendre la possibilité pour les employeurs d’effectuer des tests de dépistage de drogues auprès de leurs employés. Jusqu’ici, les tests n’étaient possibles que sur des travailleurs occupant des « postes à risques. » P. Rouvillois, membre du CCNE, estime que le qualificatif de « poste à risque » est « inapproprié car il ne fait référence qu'au danger potentiel pour celui qui l'exerce. Nous pensons qu'il faut élargir cette notion et prendre en compte les métiers qui ont un impact sur le public, les fonctions importantes pour la sécurité comme les contrôleurs dans les centrales nucléaires, les contrôleurs aériens par exemple. Nous préconisons la constitution d'une liste de métiers pour lesquels le dépistage de l'usage de drogue est souhaitable. Nous estimons aussi que la détection devrait être élargie à l'abus voire à la simple consommation d'alcool ou de médicaments. En la matière que les produits soient licites ou non, les dangers sont les mêmes. »

Cette extension est justifiée par le CCNE, parce que « la notion de responsabilité vis-à-vis d'autrui, et d'obligation de ne pas lui nuire a incontestablement progressé dans l'opinion publique […]. Cette évolution des esprits explique sûrement pour une large part l'acceptation par la société de la mise en œuvre par les pouvoirs publics de dispositions contraignantes, qui auraient sans doute été jugées, il y a un demi-siècle encore, comme gravement attentatoires aux libertés individuelles. »
Toutefois, le CCNE encadre strictement cette possibilité d’effectuer des tests. Chaque entreprise ou entité de la fonction publique devra ainsi recenser, dans le cadre d'une négociation collective, «les postes et fonctions de sûreté et de sécurité» concernés par les mesures de dépistage.

Ces contrôles devront être précisément prévus par le règlement intérieur et les contrats de travail. Les salariés seront en outre prévenus au moment de l'embauche. Seuls les tests salivaires et les contrôles d'alcoolémie seraient autorisés, ce qui exclut les prélèvements urinaires, sanguins et capillaires, qui permettent de retrouver des traces de consommation ancienne. Les contrôles doivent avoir lieu sous la seule responsabilité du service de santé au travail.

E. Apaire, président de la Mildt, se félicite de cet élargissement du cadre des dépistages :  « Aujourd'hui, on peut travailler derrière un ordinateur, dans le nucléaire, et mettre en danger une population. On peut également prendre une décision très vite, sur Internet, aux conséquences très lourdes. Il faut enfin penser à la sécurité économique : si, dans un délire de toute puissance, un trader percute vos économies et les miennes, ça peut faire des dégâts. »
Preuve que M. Apaire à complètement fait sienne la philosophie de la réduction des risques : à défaut d’adopter des législations qui interdiraient efficacement aux banques de blanchir l’argent de la drogue et d’alimenter des bulles spéculatives, on peut se doter de tests salivaires qui laisseront espérer que les salles de changes ne seront pas remplies de traders défoncés ! 

Sources :
20.05.11. Le Figaro. Vers un dépistage de l'usage de drogues au travail ; 23.05.11. Le Figaro. Addiction: "les partenaires sociaux doivent se concerter" (P. Rouvillois, Comité consultatif national d'éthique) ; 27.06.11. Rue89. Drogue au travail : la fausse bonne idée du dépistage ; 19.05.11. Comité consultatif national d'éthique. Avis n° 114. Usage de l’alcool, des drogues et toxicomanie en milieu de travail. Enjeux éthiques liés à leurs risques et à leur détection