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Cannabis

Cannabis - Actualité 2010

CANNABIS - ACTUALITÉ 2010

L'actualité vue par la Cyberpresse
par Emmanuel Meunier
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Épidémiologie

D’après ONUDC, le cannabis est la drogue la plus largement consommée dans le monde. Selon les estimations, à l’échelle mondiale, le taux de prévalence annuelle de l’usage de cannabis s’établit entre 2,9 et 4,3 % de la population mondiale âgée de 15 à 64 ans.

Selon l’OFDT, il y aurait, en France, 12,4 M de personnes ayant consommée au moins une fois du cannabis dans la vie, dont 3,9 M ayant consommé dans l’année, dont 1,2 M consommerait de manière régulière, et dont 500.000 de façon quotidienne. 42,2 % des jeunes de 17 ans ont expérimenté le cannabis et 7,3 % sont des fumeurs réguliers de cannabis.

Cannabis thérapeutique : bientôt en Allemagne ?

Philipp Roesler, ministre de la santé allemand, a déclaré mercredi 18 août 2010 que la disponibilité du cannabis thérapeutique pourrait être assez rapide, d'autres pays européens ayant déjà pris cette décision (Angleterre, Espagne, Pays-Bas). Aux Etats-Unis, 14 états ont d'ors et déjà légalisé le cannabis thérapeutique : Alaska, Californie, Colorado, Hawaï, Maine, Maryland, Michigan, Montana, Nevada, Nouveau Mexique, Oregon, Rhode Island, Vermont, et l'Etat de Washington.

Le ministre de la santé attend deux effets de cette mesure : offrir une option supplémentaire dans le traitement de douleurs provoquée par des cancers et certaines maladies chroniques (sclérose en plaques notamment) : les dérivés morphiniques ne sont pas toujours capables d'en venir à bout, et ils entraînent très souvent une forte baisse de la qualité de vie (état léthargique important) et faire sortir de l'illégalité les patients qui avaient déjà pris la décision d'utiliser le cannabis thérapeutique.

En mars, l'Académie nationale de médecine publie un communiqué sur l'usage thérapeutique du cannabis, dans lequel elle réitère ses réserves déjà émises à deux reprises, en 1998 et en 2006.

Si l'Académie a décidé de réagir à nouveau, c'est à la suite de la publication dans le Courrier international , en octobre dernier, d'un article écrit pour le journal Fortune , qui révèle « l'effondrement des digues édifiées contre la diffusion du cannabis par le pouvoir fédéral américain », sous la pression de lois élaborées par certains États en faveur de l'utilisation thérapeutique de cette drogue. « L'application de ces lois, qui présentent le cannabis comme un médicament, risque d'en accentuer la pénétration dans la société américaine avec tous les effets délétères qu'on lui connaît », précisé le communiqué.

Études et recherches récentes sur l’effet du cannabis sur la douleur

Une nouvelle étude du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et de l'Université McGill (Canada), publiée par le Journal de l’Association médicale canadienne d’août 2010, conclue que le cannabis pourrait soulager les patients atteints de douleurs neuropathiques chroniques.

De faibles doses (25 mg) de cannabis contenant près de 10 % de THC (composé actif du cannabis), fumées en une seule inhalation à l'aide d'une pipe, trois fois par jour sur une période de cinq jours, procurent rapidement une réduction modeste de la douleur aux patients et semble améliorer l'humeur et favoriser le sommeil. «Les patients que nous avons suivis souffrent de douleurs liées à des lésions du système nerveux, d'ordre traumatique ou chirurgical. Ce type de douleur est beaucoup plus répandu qu'on ne le pense et il y a peu de traitements efficaces disponibles. Pour ces patients, le cannabis médical constitue souvent une solution de dernier recours» affirme le docteur Mark Ware, principal chercheur de l'étude.

Le THC ayant des effets secondaires de par ses effets sur le cerveau, un des enjeux thérapeutiques serait d’activer les voies de modulation de la douleur dans la moelle épinière, sans agir sur le cerveau. Des biologistes de l'Université de Californie, et de celles de Géorgie, de Madrid et d'Urbino en Italie, ont testé un composé nommé « urb937 », qui a pour principal effet d'augmenter la concentration d'un analogue du thc qui se trouve naturellement dans la moelle épinière : l'anandamide. Des souris traitées par cette substance semblent soulagées de la douleur causée par l'injection de substances acides ou irritantes dans la cavité abdominale. L'effet est si puissant que le « comportement de douleur » disparaît. Cette stratégie antidouleur est intéressante, car elle consiste à renforcer les ressources naturelles de l'organisme dans la lutte contre la douleur. Le composé urb937 n'a pas d'effets secondaires sur le cerveau. Il reste à passer des tests chez la souris aux tests sur l'homme, puis à conduire des essais thérapeutiques, et à espérer une éventuelle mise sur le marché d'ici une dizaine d'années – si le potentiel de cette molécule se confirme.

Fumée du tabac et système immunitaire

Dans « Dissiper la fumée entourant le cannabis. Les troubles respiratoires causés par l’inhalation de cannabis »,  Jordan Diplock, M.A., et Darryl Plecas, Ed.D., du Centre de recherche en justice pénale, Université de la vallée du Fraser, Canada, estiment que les fumeurs réguliers de cannabis risquent de développer des troubles respiratoires allant de simples malaises à des menaces graves pour la santé, en passant par des irritations mineures. Les consommateurs de cannabis étant généralement consommateur de tabac, il est difficile d'évaluer les effets spécifiques du cannabis. D'après les auteurs, « même si les données sur le lien unissant inhalation de cannabis et cancer du poumon sont mitigées, il faut pousser les recherches sur la fumée de cannabis, car elle contient plusieurs des substances cancérigènes présentes dans la fumée de tabac. » Selon les auteurs, les risques de cancer seraient exacerbés par le THC de la fumée qui vulnérabiliserait le système immunitaire : « On a découvert que, chez l’humain, la présence de THC dans les poumons induit une perturbation cellulaire, en particulier des fonctions énergétiques des mitochondries – organites en partie responsables de la santé des cellules et de leur production d’énergie (Sarafian et coll., 2006)… Plusieurs cellules sont atteintes par le THC, dont les macrophages alvéolaires, principal mécanisme de défense contre les infections pulmonaires… La croyance voulant que l’inhalation de cannabis affaiblisse le système immunitaire repose en partie sur des conclusions montrant que le THC empêche les lymphocytes T et les macrophages alvéolaires de protéger l’organisme contre les agents pathogènes étrangers (Shay et coll., 2003; Tashkin et Roth, 2006).

 De par cette réponse immunitaire atténuée dans les poumons, les fumeurs de cannabis sont vulnérables à des pathogènes viraux, bactériens et fongiques qui en temps normal présenteraient peu de danger pour un système immunitaire en santé (Shay et coll., 2003). »

Une étude américaine publiée dans l'European Journal of Immunology de décembre 2010 précise un mécanisme par lequel le cannabis agit sur le système immunitaire. Prakash Nagarkatti de l'Université de Caroline du Sud et ses collègues ont injecté le principal ingrédient actif du cannabis, le delta-9-tétrahydrocannabinol (THC) chez des souris. L'activation par le THC de certains récepteurs cannabinoïdes des cellules immunitaires conduisait à une mobilisation de cellules myéloïdes suppressives, lesquelles jouent un rôle important pour réduire la réponse du système immunitaire et la ramener à un niveau normal, l'empêchant de combattre les infections ou les tumeurs. La découverte fournit une explication possible du risque plus élevé d'infections chez les consommateurs de cannabis. Elle peut aussi indiquer que le THC du cannabis pouvait être utilisé pour diminuer l'activité du système immunitaire, après une greffe d'organe, par exemple.

Sources :
Dissiper la fumée entourant le cannabis - Les troubles respiratoires causés par l’inhalation de cannabis (Centre canadien de lutte contre l’alcoolisme et les toxicomanies)
Site Notre planète, 09.12.10., Le cannabis stimule le développement du cancer et des infections

Cannabis et symptômes psychotiques

Une étude australienne publiée dans les Archives of General Psychiatry fait état d’un risque accru de symptômes psychotiques, d'hallucinations (auditives et visuelles) et de délires lié à l’usage du cannabis.  John McGrath de l'Université de Queensland et ses collègues ont mené cette étude avec 3800 jeunes âgés en moyenne de 20 ans. Environ 14 % rapportaient consommer du cannabis depuis au moins six ans. Ils avaient un risque 2 fois plus élevé de présenter des symptômes psychotiques que ceux qui n'en avaient jamais consommé. Le risque d'hallucinations était 2 fois plus élevé et celui de délires 4 fois. Plus la consommation avait été longue, plus le risque était élevé.

Les chercheurs considèrent toutefois que ces résultats ne doivent pas être interprétés comme indiquant un lien simple unidirectionnel entre consommation de cannabis et psychose. Par exemple, les participants qui avaient vécu des hallucinations tôt dans la vie étaient aussi plus susceptibles d'avoir consommé plus longtemps et plus fréquemment. Le lien entre cannabis et psychose est complexe, concluent-ils.

 

Source : site Psychomédia, 01.03.10., La consommation prolongée de cannabis liée à des symptômes psychotiques

Test de dépistage du cannabis

Un test urinaire, fabriqué par la société NarcoCheck et vendu 8,90 €, est déjà un succès aux Etats-Unis ou dans les pays anglo-saxons. En vente libre sur Internet et bientôt vendu en pharmacie, ce test de dépistage s'adresse clairement aux parents qui soupçonnent leurs enfants d'usage de drogue ou qui veulent les dépister régulièrement.
Le 3 mai 2010, la Fédération française d’addictologie réagit par un communiqué à la mise en vente libre de test de dépistage du cannabis en rappelant que « que toute analyse biologique touche à l’intimité de la personne. Leur utilisation doit être centrée strictement sur la santé des individus : autocontrôle, diagnostic, soin. Hors du champ médical - police, justice, école, entreprise, monde du sport - elle doit être encadrée par la loi.

La mise à disposition du grand public de tests de dépistage de drogues illicites appelle donc les plus grandes réserves tant sur le plan de leurs modalités d’utilisation que sur la valeur à accorder à leurs résultats. Techniquement, aucune analyse n’est fiable à 100 %, les tests urinaires ne font que repérer l’existence ou non de l’absorption d’un produit à un temps t. Une consommation unique et un usage prolongé ne pourront être différenciés. De plus, au plan, médical, un dépistage n’est pas un diagnostic, un symptôme n’est pas une maladie, toute analyse doit être interprétée en fonction du contexte. Enfin, en ce qui concerne l’éducation et la relation d’aide, aucun contrôle ne peut compenser une absence de dialogue. »

Trafic international

Le Maroc produirait 1 067 tonnes de cannabis par ans. Le site Rue89 (27.07.10) rapporte que le 11 avril, environ 10 000 cultivateurs de cannabis sont descendus dans la rue pour dénoncer la corruption des autorités dont les cultivateurs se disent victimes. Un élu local et militant associatif, souligne : « Il n'y a pas d'alternatives dans la région. On est à la cinquième génération de culture de cannabis. Cette région a besoin d'aide. Les gens ne disent pas qu'ils veulent cultiver du cannabis, ils disent qu'ils veulent vivre. Et ils sont prêts à ne plus en cultiver à condition de trouver un moyen de subsistance qui soit digne. »

« Très peu d'habitants de la région, note Rue89, profitent vraiment de cette culture. Certaines maisons cossues appartiennent à la poignée de cultivateurs et d'intermédiaires qui se sont enrichis de cette production. Le reste des habitants gagnent péniblement leur vie. » et les cultivateurs sont aussi victimes de rackets policiers : « Si tu ne leur donnes rien, tu vas en prison, ils n'ont rien à perdre. Ils te jettent en prison pour te donner en exemple aux autres. »