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Narguilé : une vogue et une vague de questions

NARGUILÉ : UNE VOGUE ET UNE VAGUE DE QUESTIONS
Par Thibaut PANNETIER, étudiant en psychologie

Correspondances, Automne 2007.
 
Introduction
Le Narguilé est une pipe à eau de style arabo-persan servant à fumer du tabac. Ses origines sont mystérieuses et sujettes à controverse. Il est, dans les représentations occidentales, associé au folklore Oriental. Néanmoins il demeure, sous différentes appellations (narghilé, chicha, shisha, hookah…), un objet utilisé régulièrement, par plus de cent millions d'individus, en Asie, en Europe et en Afrique. Depuis les années 80, et surtout 90, son usage s’est considérablement développé.
Avant tout une pratique culturelle traditionnelle, il est devenu un phénomène social touchant principalement le bassin méditerranéen et les grandes métropoles. L’engouement que connaît le narguilé, notamment en France, crée le débat entre ceux qui prônent son charme, sa tradition, son innocuité supposée, et ceux qui l’accablent d’être un « hymne à la paresse », et/ou d’être une pratique dangereuse dans un contexte de prévention tabagique. Le débat scientifique quant à son impact sanitaire n’est pas tranché.
Les origines du Narguilé

Plusieurs hypothèses sont avancées quant à la naissance de cet objet ; nous ne retiendrons que celles considérées comme les plus pertinentes par les chercheurs. Précisons, avant d’aborder le narguilé, que les premières pipes à eau apparaissent en Inde, 2000 ans avant la découverte du tabac. D’autre part, que le tabac est originaire d’Amérique du sud et centrale ; il est arrivé en Europe en 1492 et de là, il s’est diffusé aux pays voisins, ainsi que ses différents modes d’utilisation, notamment la pipe. Sa propagation a continué au reste de l’Europe, en Turquie, au Maroc et en Asie, ainsi, dès la fin du XVIe siècle, le tabac était connu dans le monde entier.

- La Dhoom Netra (2) est une des premières pipes à eau utilisée en Inde, elle était bourrée d’herbes médicinales, aromatiques et de substances psycho-actives. A son arrivée dans l’empire Ottoman, elle a subit des modifications avec l’avènement d’ustensiles tels que le fourneau (ou foyer), le bec et le tuyau que l’on retrouve dans les narguilés d’aujourd’hui. (voire illustration).

- Certains auteurs parlent d’une origine Persane (3), partant de recherches sur le «dagga» (cannabis) et mentionnent l'usage de la pipe à eau « Dakka ». « Narghile » viendrait du mot persan « Nãrgil » qui veut dire « noix de coco », qui vient lui-même du sanscrit « Nãrikera ». « Shisha » viendrait du mot persan « Shishe » qui veut dire « bouteille». Avec l’arrivée du tabac, naquis la mixture qui a la prédilection des fumeurs de narguilé, constituée de tabac et de mélasse* ou de miel.

- D’autres recherches (4) avancent l’hypothèse de l’Afrique de l’Est et centrale (Kenya, Zambie, Tanzanie, Ethiopie) et en Afrique du sud, faisant mention également de pipe à eau « Dakka ».

L’existence du Narguilé et son usage social à grande échelle sont admis avec l’apparition et l’adoption du tabac.

Légende : "Le Narguilé est composé de plusieurs parties aux fonctions spécifiques. Sa taille peut varier de moins de 30 cm à 130 cm pour les plus imposants. Sa cime est composée d’une douille de terre cuite, de céramique ou de métal, le foyer, où y est déposé du tabac mélangé à de la mélasse ou du miel. Il est souvent aromatisé. Son tronc, fréquemment ornementé de sinusoïdes métalliques, cache un fin tube de métal par où passe la bleuâtre fumée, voici la cheminée.
Cette dernière finit sa course immergée dans l’eau fraîche d’un vase décoré à l’ouverture étroite et à l’assise déployée. A même la cheminée, à la jointure du vase, s’échappe un ou plusieurs longs tuyaux ficelés de cuir, pour les plus raffinés, et terminés d’un bec par où s’aspirent les effluves recherchées. Toujours à la base de la cheminée, on peut parfois rencontrer un petit système à bille servant de soupape lorsque la fumée est trop dense." FCC_01
Les tabacs à Narguilé

Voici quelques précisions sur les trois principaux types de tabacs à Narguilé : le tabamel, le tumbâk et le jurâk :
- Tabamel (ou Abamel) : en arabe " mu'essel ", littéralement " miellé " ou " mielleux ", est nommé ainsi en raison de sa composition à base de mélasse* (résidu du raffinement de la canne à sucre) ou de miel utilisés comme agglutinants. La proportion de tabac y est de 30%. De nos jours, il n’est pas rare que de la glycérine soit ajoutée afin d’humecter le mélange. Diverses essences sont ajoutées et « confèrent au produit des goûts et parfums extrêmement variés : à la pomme (très courant), à la fraise, à la menthe… » (6). Ou encore : raisin, cerise, melon, réglisse, rose, noix de coco…C’est la forme de tabac la plus consommée par les occidentaux.


- Tumbâk : il s’agit de tabac pur. Il est fort et puissant, ce qui le rend difficile à fumer. Il est humecté avec de l’eau et pétrit jusqu’à former une petite boule qui sera trouée et fumée telle quelle.

- Jurâk : principalement d'origine indienne, il peut être considéré comme l’intermédiaire entre les deux premiers types de tabac. Il est principalement consommé dans la péninsule arabique. Des fruits et des huiles peuvent rentrer dans sa composition. Cependant, l'on nomme parfois jurâk un tabac mélassé mais non aromatisé.
« …le Narguilé se présente sous deux types majeurs : le traditionnel narguilé destiné à la consommation de tumbâk et la « shîsha » plutôt conçue pour le tabac mélassé. » (6). Shîsha désigne le même objet, il s’agit d’une des appellations plus utilisée par les occidentaux. Sur les paquets de tabamel, il est indiqué un taux de goudrons de 0% et un taux de nicotine généralement de 0,5%. S’agissant des goudrons, le 0% est ambiguë : il est avancé par les fabricants de tabac de narguilé du fait que les goudrons sont formés lors de la combustion du tabac, or le tabac de la shîsha n’est pas brûler, mais, comme nous le verrons, « chauffer ». Les fabricants jouent sur les mots, car dans les faits, même chauffé, le tabac produit des goudrons (6) (7).
Le Narguilé aujourd’hui
Suite au renouveau de son usage au Moyen-Orient dans les années 80 et 90, le narguilé s'est mondialisé. Cet engouement fut si conséquent, notamment en Tunisie, en Egypte et d’autres pays orientaux, que des pouvoirs publics de certains Etats ont adopté une législation répressive. «Fumer un narguilé est l’activité quotidienne, durant plusieurs heures, de dizaines de millions de personnes dans des contextes socioculturels divers. » (6) Pourtant il reste méconnu de la plupart des sources d’information et de connaissances, telles que les encyclopédies ; il n’est qu’un objet folklorique appartenant à l’histoire, une histoire vaporeuse mêlant omissions et fausses croyances. La littérature et la peinture, aussi bien orientales qu’occidentales, l’ont mis en scène et l’ont magnifié, contribuant, par ce biais, à ce que son nom et son allure soient à la fois familiers et obscurs. Au Proche Orient, le narguilé est aussi bien une pratique culturelle populaire qu’un phénomène social. Il est un point de rencontre entre tradition et modernité, un objet et une pratique transgénérationnels, touchant les plus âgés comme les plus jeunes. Dans de nombreux pays, il dépasse même le fossé des classes sociales. Il est associé à un moment de détente ritualisé, favorisant convivialité et communication. Le rituel de préparation, le caractère collectif et fraternel, le contexte et l’ambiance font partie intégrante de son usage. Transmettre le tuyau du narguilé au convive a une connotation symbolique très forte. Les trois dimensions fondamentales de sa pratique sont donc le temps, la parole et le jeu. Dans les représentations occidentales, son caractère exotique et mystérieux renforce la capacité de séduction qu’exerce cet usage.

Et comme on l’entend dire des fraîchement initiés, il est « une invitation au voyage ».

Cette augmentation de la pratique du Narguilé chez les jeunes adolescents est liée, entre autre, au déclin de la consommation de cigarettes. Ces dernières étant considérées et représentées comme impropres, sales et dangereuses. Le narguilé est surtout consommé chez soi ou dans « les cafés chicha » ; il devient un prétexte au développement de cafés et salons aux ambiances néo-orientalistes dans les grandes villes de nombreux pays occidentaux. Il est fait mention d’une utilisation du narguilé pour fumer le cannabis. Cela toucherait principalement les pays du Maghreb mais il y a peu d’informations fiables sur l’étendue de cette pratique. Il s’agirait essentiellement d’un usage caché dans les arrières boutiques de certains salons et dans le cadre de pratiques personnelles. Notons que la texture du tabamel n’est pas sans rappeler le « dawamesk », confiture verdâtre faite à partir de résine de cannabis, consommée au milieu du 19ème siècle. Par ailleurs, les pipes à eau de type « Bong » (ou bang), répandues de nos jours, sont utilisées pour fumer le cannabis et d’autres plantes psychotropes. Il y a tout lieu de penser que le narguilé n’est pas qu’une simple vogue, qu’il va durer et s’étendre encore. Son renouveau et son adoption peuvent être expliqués par différents éléments comme le croisement des flux touristiques et migratoires liés à la mondialisation, l’ « effet boomerang des campagnes anti-tabac », une dépendance légère (nous le verrons par la suite) et par tout ce qui attrait au symbolisme de l’objet et de la pratique, à la convivialité et à l’expérience sensorielle. (6)

Fausses croyances
Reste maintenant la question de la santé publique dans le contexte actuel de la lutte anti-tabac. Les utilisateurs du narguilé sont parfois sourds aux messages de prévention tabagique pour des raisons qui tiennent plus aux croyances et au symbolisme de l'objet qu’à une information scientifiquement validée. En particulier l’idée de « pureté » associée à l’eau. En effet, la fumée filtrée par l’eau devient plus douce à inhaler et elle laisse supposer une « moindre nocivité ». Le bruit court également qu’il n’y aurait pas de nicotine dans la fumée du narguilé et donc pas de risque de dépendance.
L'aspect « confituré » du tabac et son côté sucré font écho à l'enfance et orientent les associations vers le champ de l'innocence et de l'anodin. Dans nombre de culture, comme l’a montré Levi-Strauss, le miel est une substance sacrée. Le narguilé renvoie à l'artisanat et s'éloigne de l'artificiel et de la « sècheresse » du tabac industriel. Les usagers sous-estiment certainement les risques du narguilé. La majorité des écrits sur le domaine s’accorde pour dire que les risques pour la santé ne sont pas encore évalués de manière valide.
Débat scientifique
Il n’est pas envisageable de mentionner l’ensemble des études sur le sujet, mais il nous semble intéressant de signaler celles qui ont fait le plus bruit dernièrement : tout d’abord, les deux rapports de l’OMS (organisation mondiale de la santé) (5), critiqués dans leur méthodologie par d’autres scientifiques, principalement originaires du Moyen-Orient, et le livre du Pr Bertrand DAUTZENBERG et Jean-Yves NAU (7), respectivement président de l'OFT (Office Français du Tabagisme) et journaliste au Monde. Le premier rapport d’experts de l’OMS a été rejeté par l’opinion moyen-orientale et même ciblé comme un outil de manipulations politico-financières des gouvernements, des industriels du tabac et des firmes pharmaceutiques. Le 31 mai 2006, la journée mondiale sans tabac parlant du tabac « sous toutes ses formes », s’est basée sur ce premier rapport de l’OMS pour incriminer l’usage du narguilé sans prendre référence sur d’autres travaux. (8) Le débat fait rage. Une des approches de l’OMS a été d’étudier le narguilé par rapport à la cigarette. La méthode a été critiquée en invoquant des différences conséquentes dans le mode de consommation. Les données fournies par l’OMS ont été relayées dans la presse écrite et lors de reportages télévisuels (9) par des affirmations du type : «1 narguilé = 200 cigarettes », puis «1 narguilé = 40 cigarettes ». Le docteur Kamal CHAOUACHI, chercheur en socio-anthropologie et en tabacologie, auteur de deux ouvrages (6), de thèses et de critiques des rapports d’experts de l’OMS, affirme que ceci n’a aucune valeur scientifique.

Il ajoute qu’ : « Il faudrait faire des études moins biaisées pour faire des comparaisons objectives en comparant ce qui est comparable ». Les principaux reproches concernent l’obtention des mesures de nocivité à partir de « machines à fumer » au débit d’aspiration trop soutenu et trop long, qui ne reflètent pas la réalité de l’usage du narguilé.

Lors des aspirations soutenues des machines, le foyer augmente en température et n’a pas le temps de refroidir. Ce qui n’est pas le cas chez un fumeur ordinaire, qui, bien souvent, transmet le tuyau à ses convives. Nous verrons plus loin que la température est un point essentiel pour déterminer l’impact sanitaire. L’OMS et le Pr DAUTZENBERG avancent cependant que la fumée, se trouvant adoucie, est aspirée plus profondément dans les poumons et constitue un risque supplémentaire. De plus les séances de narguilé durent en moyenne de 45 minutes à plus d’une heure et, quand elles ne sont pas à l’extérieur, se déroulent le plus souvent dans des lieux où l’air ambiant n’est pas suffisamment renouvelé, précisant les risques liés à l’inhalation du monoxyde de carbone (CO). Le Dr CHAOUACHI met en avant un moindre risque par rapport à la cigarette, dont l’usage est répété alors que l’usage du narguilé est plus espacé. De plus, le mode d'utilisation traditionnel tend à une réduction des risques « empirique » liée à la fréquence et la longueur des aspirations, les variantes du dispositif, au type de tabac, au renouvellement de l'eau, à l'utilisation de charbon naturel sans composés auto incandescents…

Aspects tabacologiques
Dans une démarche d’analyse des risques tabacologiques, il faut prendre en compte les différents composants de la fumée et la manière de l’inhaler. Cela implique de se pencher sur la température de consumation du tabac. Le Dr CHAOUACHI indique que pour la cigarette ordinaire, le foyer peut atteindre 900° C ; quant au Narguilé, la température du tabac peut être comprise entre 400 et 500° C car il n’est que chauffé. Il y a « pyrolyse » pour le tabac de la cigarette et on parle de « distillation » concernant le narguilé. Les goudrons produits sont corrélativement plus cancérigènes à mesure que la température augmente. L’OMS indique que le tabac soumis à cette plus faible température augmente le taux de CO dans la fumée. Ce taux de CO s’accroît également par l’utilisation des charbons servant à chauffer la mixture de tabac (le charbon n’accroît pas le taux de goudrons, car ceux-ci sont formés par la combustion de matière organique et le charbon, n’en contient pas). En ce qui concerne la nicotine, entre autre responsable de la dépendance au tabac, les informations sont contradictoires. L’OMS indique un taux élevé de nicotine lors d’une séance de narguilé dans leur premier rapport d’expert, mais ils reviennent sur cette affirmation dans leur second rapport. Le Dr CHAOUACHI, se basant sur des études indépendantes, déclare : « …une séance de narguilé au tabamel peut délivrer au fumeur une quantité de nicotine d’un ordre de grandeur voisin de celui que l’on retrouve dans une cigarette ». Il ajoute également que les fumeurs de cigarettes avérés ne peuvent substituer le narguilé à la cigarette pour assouvir leur besoin en nicotine.
Le Pr DAUTZENBERG annonce des résultats similaires sur ce point. Sans rentrer dans une analyse de la dépendance et de sa dimension « psychologique », on doit souligner des différences importantes liées au contexte de fume entre le narguilé et la cigarette. L’un est ritualisé dans sa préparation, il demande du temps, un endroit fixe, du matériel et il est généralement « groupal ». L’autre est simple d’utilisation, transportable, rapide et le plus souvent solitaire. A l’un, on associe généralement un cérémonial, un aspect ludique, de détente et récréatif, à l’autre, en plus d’un plaisir, une consommation de type « para angoisse », alliant des comportements de types compulsifs. Les informations relatives à la présence des hydrocarbures, des microparticules, des métaux lourds (chrome, cobalt, plomb, nickel) ne sont pas encore significatives. Tous ces éléments seraient plus ou moins bien filtrés par l’eau. Le CO est l’élément qui présente le plus de risques et même de sur-risque par rapport à la cigarette, et un point de convergence d’une majorité d’étude. C’est un gaz dangereux et il est en quantité non négligeable dans la fumée de narguilé ; mais il est important de préciser que son taux varie de 10 ppm (parties par million) à 60 ppm selon les dispositifs et les types de mesures. Malgré l’ensemble des recherches de différents horizons, nous n'avons pas de données statistiques et épidémiologiques précises sur l'impact sanitaire du narguilé chez les fumeurs au Moyen-Orient. Concernant les pays Européens, il n’y a pas encore assez de recul ; de plus, la consommation de narguilé peut être alliée à l’usage d’autres produits fumés.
La réduction des risques

En vue de préserver sa santé, il est préférable de ne pas fumer de tabac, sous aucune forme que ce soit. Dans une optique de réduction des risques, nous nous proposons d’énoncer un certain nombre de précautions dans l’usage du narguilé. Ceci en nous basant sur l’expérience des usagers et sur les données scientifiques. Diminuer les goudrons et surtout le taux de CO lors de la fume, impliquent un équipement et un usage appropriés. D’après les mesures en laboratoire (6), il est recommandé d’avoir un narguilé de grande taille et muni d’un système de soupape pour évacuer, d’un souffle dans le tuyau, la fumée trop dense accumulée dans le vase. Il est préconisé de ne mettre que de l’eau dans le vase, en quantité suffisante et de la changer le plus souvent possible. Ajoutons que dans la préparation de la douille de tabac, il est conseillé que ce dernier ne soit pas trop tassé, mais au contraire aéré. Quant au charbon, il faut opter pour un produit naturel issu du bois, sans substances auto-incandescentes chlorées ou autre et qu’il soit déplacé régulièrement sur toute la surface de la douille.

Ensuite, il incombe à l’utilisateur de procéder à de brèves aspirations et de les espacer dans le temps en veillant à clore la séance avant que tout le tabac ne soit distillé.

Enfin, il faut espacer les sessions et fumer à l’extérieur ou dans un espace bien aéré. Notons qu’il est préférable, à l’extrémité du tuyau d’aspiration, d’utiliser des embouts plastiques personnels et de nettoyer son matériel afin de parer à d’éventuels risques infectieux. Dans un idéal sanitaire, aucune combustion ou distillation du tabac ne devrait être produite. Il existe des dispositifs chauffants permettant une distillation du tabac sans charbon. Ces systèmes d'allumage pourraient amoindrir la production et l’absorption de CO, mais ils demeurent peu répandus. N’en déplaisent aux puristes, certains proposent une alternative à la shisha, grâce au « Narguilé à Oxygène » sorti sur le marché début 2007. Il s’agit d’un dispositif à l’allure de narguilé permettant d’inhaler de l’oxygène à 95% aromatisé d’huiles essentiels. Ces avatars de narguilés se hument dans des salons aménagés dits « bars à oxygène ». Dans le cadre de ces pratiques, nous n’avons recensé aucune étude scientifique sur l’impact d’une inhalation régulière d’oxygène quasi pur, notamment sur le long terme. Pour terminer, gardons à l’esprit que l’exposition aux risques ne dépend pas que du produit, mais aussi du profil du fumeur, du mode de consommation et du type de dispositif.

Conclusion
Le mot mystère reste accolé au Narguilé ; nous attendons que la brume s’amenuise quant à son origine, grâce aux apports de l’archéologie, de la sociologie et de l’histoire. Le narguilé est un objet traditionnel, imprégné de plusieurs civilisations, et faisant parti du patrimoine culturel, plus ou moins ancien, de nombreux pays. Par son caractère magique et énigmatique, il fascine et attire beaucoup d’adolescents et parfois de plus jeunes ; cet engouement suscite des peurs et nécessite que l’on s’intéresse au phénomène de façon rigoureuse. Gardons à l’esprit que cette vogue fait la bonne fortune des industriels du narguilé et qu’ils l’entretiennent par de nombreuses innovations tels que de nouveaux parfums et des ustensiles « design et tendance ».
Son impact sanitaire reste difficile à déterminer, aussi attendons que les recherches aboutissent. Il n’en demeure pas moins que le narguilé implique l’inhalation de fumées issues de la consumation du tabac et cela seul, suffit à exposer à des risques similaires à ceux de la cigarette. Il faut rester prudent face aux informations qui circulent et garder à l’esprit les implications que peuvent avoir tout ce qui a trait au tabac. Ne cédons pas aux annonces accrocheuses et abrégées comme a pu le faire le monde médiatique et prenons le temps de nous pencher sur toutes les recherches engagées et à venir.
« La mixture de tabac contenue dans la douille est généralement recouverte d’une feuille d’aluminium que l’on perce de quelques trous et où l’on vient poser un charbon incandescent composé, traditionnellement, de fibre de coco, de bois de citronnier ou d’olivier. Cela permet de consumer la mixture à une température plus faible que le rouge foyer de la feuille de tabac enroulée. Quelques minutes s’écoulent, le foyer s’est empli d’une ardente chaleur et, à présent, on peut saisir le serpent de cuir et déposer à ses lèvres le bec de la chimère enclin à nous souffler son haleine suave et sucrée.
A bon entendeur, il ne s’agit pas là de souffler mais d’aspirer doucement le nuage, mettant en marche les viscères de la créature. Le déplacement d’air dans le tuyau va provoquer une dépression dans la cavité d’air claustré du vase à demi vacant. La cavité se réduisant, l’aspiration continue dans l’étroit tuyau de métal, telle une cheminée inversée, jusqu’au foyer où le charbon s’attise et rougi le tabac sucré. L’épaisse fumée blanchâtre va se refroidir au contact de l’eau laissant entendre le gargouillis berceur du fluide cahoté et procurant, une fois en bouche, une riche et agréable douceur parfumée sublimant l’instant dans une volupté intemporelle. » FCC_01
Notes
(1) Leo WIENER, au début du siècle - Ivan VAN SERTIMA
(2) Joachim A. FRANK
(3) B. M. Du TOIT & Hasan SEMSAR
(4) Alfred DUNHILL & John EDWARD PHILIPS
(5) World Health Organization Report on "Waterpipe Tobacco Smoking" (25/11/2006) & OMS : 2nd Rapport d’experts USA-Egypte (19/04/2007)
(6) CHAOUACHI. K, 1997, Le Narguilé : Anthropologie d'un mode d'usage de drogues douces, Paris, Ed. L'Harmattan & 2007, Tout savoir sur le narguilé, Paris, Ed. Maisonneuve & Larose
(7) DAUTZENBERG. B, & NAU. J-Y, 2007, Tout ce que vous ne savez pas sur la chicha, Paris, Ed. Margaux Orange
(8) Dossier de presse sur la Journée Mondiale sans Tabac : « Le tabac, mortel sous toutes ses formes » (31 mai 2006) publié par le Ministère de la Santé et l’INPES
(9) Reportages France 5 (5 avril 2006) et France 2, journal de 13 heures (31 mai 2006)
(10) Narguilés à oxygène NARGUILOX® et bars à oxygène OXYBAR® (www.narguilox.fr)

Sites Internet :
- http://narguile-sante.blogspot.com/
- http://www.tabac-stop.net/narguile_shisha.html
- http://www.sacrednarghile.com/fr/index.php
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Narguil%C3%A9
- http://www.narguile-chicha.info/
- http://www.narguile.info/sante_chicha.php
- http://docs.google.com/View?docid=dgbz283m_78gkhthv
Documents Internet :
- http://www.sacrednarghile.com/fr/
narguileAliBabaEt40CigarettesVolantes_000.htm
- http://www.prevention.ch/narguilejmst07.pdf
- http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2006/pr28/fr/
- http://www.who.int/gb/fctc/PDF/wg1/f1t7.pdf
- http://docs.google.com/View?docid=dgbz283m_6zjdzng
K. Chaouachi :
=> 2nd rapport de l'OMS erroné : “New Erroneous WHO Expert Report on Shisha (Guza, Hookah, Narghile) Smoking” adressé à Dr Margaret CHAN, Director- General World Health Organisation, Paris, le 18 avril 2007 :
- http://docs.google.com/View?docid=dgbz283m_6zjdzng

=> Tout ce que vous ne pouviez pas savoir sur le livre de Bertrand DAUTZENBERG
et Jean-Yves NAU : « Tout ce que vous ne savez pas sur la chicha » (Ed Margaux-orange, mai 2007) :
- http://docs.google.com/View?docid=dgbz283m_78gkhthv

=> Lettre à Michèle ALLIOT-MARIE, Ministre de l’Intérieur (Juin 2007) :
- http://docs.google.com/View?docid=dgbz283m_81cz325f
=> Lettre à Roselyne BACHELOT- NARQUIN, Ministre de la Santé (Juin 2007) :
- http://docs.google.com/View?docid=dgbz283m_82httmc9